CAE - Confédération Africaine d'Escrime - ENTRETIEN AVEC...

samedi 04-sep-10
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ENTRETIEN AVEC...

ABDOUL WAHAB BA, PRESDIDENT DE LA FEDERATION SENEGALAISE D’ESCRIME

«Les efforts de soutien du Sénégal aux autres pays sont bien récompensés»

Le Sénégal a connu des modèles de dirigeants. Mais le cas d’Abdoul Wahab Bâ mérite d’être cité en exemple. L’engagement de l’homme pour la promotion de l’escrime au Sénégal et en Afrique de l’Ouest lui ont valu des récompenses par l’instance suprême de l’escrime mondiale. Sur cette distinction et d’autres sujets relatifs au développement de la discipline dans le continent, le président de la Fédération sénégalaise d’escrime (Fse) s’est confié à nous. Entretien.  

Afric escrime : Président, peut-on savoir qui est Abdoul Wahab Bâ ?

Abdoul Wahab Bâ : Je suis Abdoul Wahab Bâ. Je suis inspecteur de la Jeunesse et des Sports de formation à la retraite. Depuis lors, je suis actif dans le mouvement associatif. C’est ainsi que depuis 1998, j’ai pris en charge le développement et la promotion de l’escrime au Sénégal.
Outre cette activité, je suis membre du Comité national olympique et sportif sénégalais où j’avais démarré comme Directeur de l’Académie nationale olympique, avant de me retrouver, à l’issue des dernières élections, comme 1er vice-président du Cnoss.
Au plan international, je suis membre de la Confédération africaine d’escrime, après y avoir occupé les fonctions de vice-président. Actuellement, je suis membre du Comité exécutif de la Fédération internationale d’escrime.

Vous êtes aussi le secrétaire général de la Confédération africaine d’athlétisme. Pouvez-nous nous dire comment êtes-vous arrivé à l’escrime ?

Effectivement, je suis le secrétaire général de la Confédération africaine de l’athlétisme où je m’occupe de l’administration et de la coordination des activités. J’avoue qu’en 1999, quand nous mettions en place la Fédération sénégalaise la Fédération sénégalaise d’esrime, en compagnie de certains amis, c’est un défi que nous lancions nous-mêmes. En estimant que nous pouvions apporter quelque chose au sport de notre pays. Et loin des chantiers battus, en essayant de prouver qu’on était capable de mettre en place une structure viable. Parce qu’en cette période, l’escrime n’existait pas au Sénégal. Il est bien vrai que dix ans avant, il y avait une fédération qui, par suite, était tombée en léthargie. De sorte que lorsque nous prenions les rênes de cette structure, il n’y avait ni infrastructures, ni administration et ni cadres. Nous sommes partis de rien en se lançant ce défi. Et il fallait donc le relever en mettant d’abord en place une administration. En second lieu, en essayant de former des cadres capables d’animer cette structure. C’est ainsi que nous avons pris langue avec la Fédération internationale d’escrime qui avait effectué une visite pour voir les conditions dans lesquelles cette structure a été mise sur pied, et a partagé avec nous les mêmes sentiments et points de vue. À savoir qu’il ne peut y avoir de développement d’une discipline sans les ressources humaines.
Et progressivement, on a réussi à mettre en place une école de formation de maîtres d’armes. La première promotion des maîtres d’armes de l’école de Dakar est sortie en 2000. C’est réellement à partir de cette période que la discipline a commencé à prendre de l’envergure. Elle a été d’abord vulgarisée à Dakar avant qu’on ne pense à décentraliser les activités à l’intérieur du pays, notamment à Thiès.

Quelle est donc la situation de l’escrime sénégalaise après tant d’efforts consentis pour sa promotion et son développement ?

Cette phase de relance de la discipline, comme je l’ai indiqué plus haut, nous a permis de mettre sur le marché douze maîtres d’armes. Avec ces formateurs, on a pu encadrer beaucoup de jeunes filles et garçons. Au bout de deux années de pratique, nous avions près de 200 licenciés, toutes catégories confondues pratiquant l’ensemble des trois armes. Ces activités qui ont été appréciées par les instances internationales expliquent la distinction de la Fédération sénégalaise d’escrime avec la médaille du Challenge Feyerick. C’est une grande distinction de la Fédération internationale attribuée à une personne ou une structure qui a réalisé des actions remarquées et remarquables pour le développement de l’escrime. Le Sénégal est le premier pays africain à bénéficier d’une telle distinction.
Par ailleurs, il faut noter comme autres acquis, l’organisation de la première Coupe du monde d’escrime au sabre et la participation à des compétitions internationales africaines et mondiales. C’est dire que l’escrime sénégalaise a très vite pris sa place dans le giron continental. Et j’ajoute que lorsque nous regagnions cette grande famille, cinq pays africains seulement pratiquaient cette discipline. Nous sommes le premier pays en Afrique au Sud du Sahara à pratiquer l’escrime. C’est pourquoi, compte des résultats que nous avons obtenus, nous avons été chargé par la Fédération internationale de propager la pratique de cette discipline dans le continent. De cinq fédérations (Egypte, Maroc, Algérie, Tunisie et Afrique du Sud), sous sommes passés à seize associations. Toutes les dernières fédérations ont été créées sur instigation du Sénégal.

On peut donc dire que le Sénégal joue le rôle de fer de lance dans la sous-région ?

Dans la sous-région, nous avons assisté toutes les fédérations qui avaient senti la nécessité de rejoindre la grande famille de l’escrime, en recevant leurs stagiaires pour les former à l’École internationale de Dakar. C’est ainsi que beaucoup de maîtres d’armes provenant de la Guinée, du Mali, du Burkina Faso, du Niger, ont été formés à Dakar. Ils sont ensuite retournés dans leurs pays respectifs où ils contribuent au développement de la discipline. Cette année, nous avons reçu des élèves venus du Maroc et de la République démocratique du Congo, du Mali et de la Guinée. Nous attendons aussi des candidats du Tchad et du Congo Brazzaville. Deux Sénégalais font aussi partie de cette promotion en formation.
Notre première vision, et c’est important, c’est de former d’abord des cadres. Ce qui nous préoccupe jusqu’à présent. C’est pour cela que tous les pays qui ont été approchés et ont rempli les conditions administratives pour être reconnus ont la possibilité de disposer de maîtres d’armes qu’on formera à Dakar.

L’objectif de mettre en place une administration efficace avec des cadres bien formés étant atteint, peut-en savoir si Wahab Bâ ambitionne un jour de diriger la Confédération africaine d’escrime ?

Non ! Je suis de ceux qui pensent que les tâches doivent être bien réparties. Nous avons suffisamment de potentialités humaines pour que chacun puisse valablement jouer sa partition. Je vous l’ai dit que j’ai été vice-président de la Confédération africaine d’escrime. J’ai dû donc céder la place à un autre compatriote, Mbagnick Ndiaye, qui est l’actuel secrétaire général de la confédération. Parce que nous avons estimé que des citoyens d’un même pays ne pouvaient pas siéger dans un même bureau. J’ai jugé que Mbagnick pouvait aussi jouer un rôle décisif au niveau de la Confédération africaine d’escrime. Personnellement, je n’ai aucune visée et aucune ambition pour diriger l’instance continentale de l’escrime.

Pouvez-vous revenir sur votre élection au Comité exécutif de la Fédération internationale d’escrime ?

Je peux dire que c’est compte tenu de ma présence remarquée et remarquable dans l’administration de l’escrime que le président de la Fédération internationale, René Roch, a pensé que j’avais ma place dans cette instance de décision. Franchement, je n’y avais pas pensé. Mais le président Roch m’a encouragé car il avait des convictions fortes par rapport à mes qualités de dirigeant. C’est lui-même qui a présenté ma candidature. Vu le dynamisme et l’engagement dont notre pays a toujours fait montre, René Roch a estimé qu’un Sénégalais pouvait valablement siéger au Comité exécutif de la Fédération internationale. Ma candidature a été bien soutenue par toutes les Fédérations africaines. Pour récompenser le travail abattu par le Sénégal, dans le cadre de la promotion et du développement de l’escrime en Afrique, mes pairs m’ont élu comme membre d’honneur à vie du Comité exécutif de la Fie. Par ailleurs, j’ai été choisi par mes pairs pour représenter le Comité exécutif à la Commission des règlements de la Fédération internationale d’escrime.
Je peux donc dire que toutes les opportunités offertes pour encourager l’escrime sénégalaise et africaine, en général, ont été saisies par la Fédération internationale. Tellement, elle a été impressionnée par les résultats obtenus en si peu de temps, dans la relance de la discipline. Sur le plan de la pratique, les progrès sont énormes avec de bons tireurs régulièrement invités à participer à des compétitions internationales ou des stages de formation de jeunes escrimeurs. Ces derniers nous reviennent toujours avec les encouragements et les félicitations de la Fédération internationale.

Avant vous, y avait-il un autre Africain qui a siégé au Comité exécutif de la Fie ?

Non, et c’est Dieu qui l’a voulu ainsi. Je suis le premier Africain membre de cette instance. Vous savez que l’escrime est un sport élitiste. De ce fait, elle est considérée comme une discipline réservée aux bourgeois ou un milieu fermé. Mais, heureusement pour nous, Dieu nous a ouvert les portes de ce comité.

À présents quels sont les chantiers que l’Afrique doit affronter pour être en phase avec la haute compétition ?

Je pense d’abord qu’il faut accroître le nombre de fédérations nationales. Nous avons pris l’engagement de porter à vingt, le nombre de Fédérations africaines, d’ici l’an 2008. Nous y sommes. Il ne reste deux ou trois fédérations à mettre sur pied. Nous allons aussi participer, pour la première fois, aux Jeux africains où l’escrime a été programmée. Cela, grâce au soutien en moyens logistiques, financiers et matériels de la Fie. Et nous pensons que des résultats plus probants vont être enregistrés.

Vous êtes le premier vice-président du Cnoss. Quel est l’appui que cette structure apporte au sport sénégalais et à l’escrime, en particulier ?

Vous savez que sans l’aval du Comité olympique, aucune fédération ne peut être créée. C’est dire donc que le Cnoss nous a fait confiance, dès le début de notre projet et a supporté notre demande d’affiliation à la Fédération internationale. Ce qui nous permet de participer aux compétitions internationales. Par le biais de la Solidarité olympique, le Cnoss nous a permis d’organiser des stages de formation. Il nous assiste aussi en équipement matériel et joue son rôle pour la promotion et le développement des fédérations dites déshéritées.

Propos recueillir
par El Abass Ibnou Youssef


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